Réalisateur, directeur de la photographie et artiste visuel belgo-scandinave, l'Anversois Bjorn Tagemose est principalement actif dans l'industrie de l'art, du rock et de la mode. Dans cette interview, il évoque l'ambiance créative qui règne à Anvers et explique pourquoi la ville attire autant les entreprises internationales.
Bonjour Bjorn, vous êtes le fondateur de « Shoot The Artist ». Qu'est-ce que c'est exactement ?
« Après mes études d'économie, je suis entré à l'Académie d'Anvers, où Walter Van Beirendonck m'a initié à la photographie de mode. J'ai beaucoup travaillé pour des créateurs de mode anversois et des marques commerciales belges comme Scapa et La Gaviotta. Au bout d'une dizaine d'années, j'ai voulu m'orienter vers le cinéma. Mon premier clip vidéo était pour Ozark Henry, et c'est ainsi que j'ai ajouté une nouvelle corde à mon arc avec la musique. Les créations artistiques et les spectacles visuels ont suivi : on a soudain vu apparaître de grandes projections lors des concerts, mais il n'y avait personne pour créer le contenu projeté. Nous nous sommes engouffrés dans cette brèche, et c'est ainsi qu'est né "Shoot The Artist" : un laboratoire d'idées créatif où nous élaborons des concepts audiovisuels et réalisons des films publicitaires et des vidéos numériques pour des clients tels que Porsche et Audi, mais aussi pour des agences de publicité internationales et des artistes comme Iggy Pop et Grace Jones. Nous choisissons délibérément de rester une petite structure et de travailler avec des indépendants afin de pouvoir proposer des services personnalisés à nos clients. »
À votre avis, comment se fait-il que tant de clients et de marques internationaux viennent à Anvers pour réaliser leurs projets créatifs ?
« Je pense que la ville a adopté une attitude très proactive ces dernières années. Je le constate dans mon secteur et surtout dans le domaine de la mode. Je ressens beaucoup de dynamisme et d'enthousiasme chez toutes les parties concernées. C'est vraiment frappant. Il existe une très forte envie d'aller de l'avant. Flanders DC est une formidable organisation qui met en relation les créatifs et les entreprises. Les entrepreneurs se rencontrent lors d'événements tels que le salon FTI SuperNova. Nous-mêmes, nous soutenons les jeunes entrepreneurs créatifs en les impliquant dans "Shoot The Artist", comme le talentueux créateur de mode Nadav Perlman. »
Comment décririez-vous l'ambiance créative qui règne à Anvers ?
« La collaboration au sein du secteur créatif anversois est formidable selon moi et je suis convaincu que c'est grâce à ça que la ville se distingue sur la scène internationale. Mais ça mériterait d'être mieux connu. Je suis convaincu que la créativité rapporte gros, alors que beaucoup de personnes et d'entreprises la considèrent encore comme un poste de dépenses. C'était d'ailleurs le sujet de ma récente conférence TEDx. »
De quelle manière entrez-vous en contact avec les autres entrepreneurs ?
« Avant tout, je voudrais ajouter quelques mots sur mes origines. Je suis né à Anvers et j'ai toujours vécu ici. Mais mon père biologique était danois et mon beau-père suédois. J'ai donc conservé une mentalité scandinave, et je m'en sers à mon avantage. De très nombreux contacts se nouent par le bouche-à-oreille : des personnes qui en présentent d'autres lors d'événements de réseautage ou lors du vernissage d'une exposition. À Anvers, les entrepreneurs créatifs ou artistes sont pour ainsi dire amenés à se croiser. Un bon repas et quelques verres comptent pour beaucoup : il ne faut pas renier notre culture de bons vivants. On dit parfois que les jeunes ne se rencontrent plus que sur Instagram, mais d'après mon expérience, c'est seulement lorsqu'on établit un vrai contact physique que le courant passe. Se montrer, aller au devant des gens, nouer des liens. Les Anversois pourraient s'inspirer des Scandinaves et en prendre de la graine. Bien qu'ils soient réservés, les Scandinaves n'hésitent pas à faire le premier pas quand il s'agit d'affaires. »
Quelle est l'étendue de l'écosystème créatif à Anvers ?
« Il est très vaste. Prenons le défilé annuel de l'Académie d'Anvers. De très nombreuses disciplines s'y côtoient : la mode, la vidéo, le cinéma, le design, le maquillage, la publicité et le marketing. C'est incroyable de voir qu'un événement international de cette ampleur est organisé chaque année avec si peu de moyens. C'est ce que j'appelle de la créativité à l'état pur. À Paris, ils n'en reviennent pas. »
Vous travaillez avec des entreprises et des artistes d'envergure internationale. Que pensent-ils d'Anvers ?
« Ils nous considèrent avant tout comme des professionnels, et c'est bien sûr essentiel. Nous travaillons efficacement, comme les Néerlandais. Ils trouvent souvent que la ville est étonnamment propre et branchée : des quartiers comme Het Zuid et les quais se sont beaucoup embellis. Anvers ressemble de plus en plus à Copenhague et je suis bien placé pour le dire, vu mes origines scandinaves (rires). Sans oublier le riche patrimoine historique auquel les Français par exemple sont très sensibles. À l'étranger, Anvers incarne le raffinement, c'est un label de qualité. »
L'événement Us By Night sera bientôt de retour à Anvers. Ferez-vous partie des intervenants ?
« Tout à fait, c'est un événement formidable. Rizon Parein, l'initiateur du projet, est un entrepreneur extrêmement talentueux. Il sait comment susciter l'intérêt pour Anvers à l'étranger. Qu'est-ce qui rend l'événement unique ? La programmation variée réunissant plus de 70 intervenants et artistes live, issus de différentes disciplines créatives, le tout dans le cadre d'une soirée réussie avec tout ce qui va avec. À ne manquer sous aucun prétexte ! »